Un Hiver à Majorque: Récit de voyage par George Sand

August 17, 2018

Un Hiver à Majorque: Récit de voyage par George Sand

Titre de livre: Un Hiver à Majorque: Récit de voyage

Auteur: George Sand

Broché: 146 pages

Date de sortie: March 3, 2018

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George Sand avec Un Hiver à Majorque: Récit de voyage

Ne sachant ni engraisser les bœufs, ni utiliser la laine, ni traire les vaches (le Majorquin déteste le lait et le beurre autant qu’il méprise l’industrie) ; ne sachant pas faire pousser assez de froment pour oser en manger ; ne daignant guère cultiver le mûrier et recueillir la soie ; ayant perdu l’art de la menuiserie autrefois très-florissant chez lui et aujourd’hui complétement oublié ; n’ayant pas de chevaux (l’Espagne s’empare maternellement de tous les poulains de Majorque pour ses armées, d’où il résulte que le pacifique Majorquin n’est pas si sot que de travailler pour alimenter la cavalerie du royaume) ; ne jugeant pas nécessaire d’avoir une seule route, un seul sentier praticable dans toute son île, puisque le droit d’exportation est livré au caprice d’un gouvernement qui n’a pas le temps de s’occuper de si peu de chose, le Majorquin végétait et n’avait plus rien à faire qu’à dire son chapelet et rapiécer ses chausses, plus malades que celles de don Quichotte, son patron en misère et en fierté, lorsque le cochon est venu tout sauver. L’exportation de ce quadrupède a été permise, et l’ère nouvelle, l’ère du salut, a commencé.
Maintenant l’olive et la caroube ne jonchent plus le sol, la figue du cactus ne sert plus de jouet aux enfants, et les mères de famille apprennent à économiser la fève et la patate. Le cochon ne permet plus de rien gaspiller, car le cochon ne laisse rien perdre ; et il est le plus bel exemple de voracité généreuse, jointe à la simplicité des goûts et des mœurs, qu’on puisse offrir aux nations. Aussi jouit-il à Majorque des droits et des prérogatives qu’on n’avait point songé jusque là à offrir aux hommes. Les habitations ont été élargies, aérées ; les fruits qui pourrissaient sur la terre ont été ramassés, triés et conservés, et la navigation à la vapeur, qu’on avait jugée superflue et déraisonnable, a été établie de l’île au continent.